Le projet

Notre projet voudrait engager un vaste ensemble de recherches, discussions et de travaux à un niveau interdisciplinaire, auxquels collaboraient des chercheurs et des équipes du Collège International de Philosophie, de l’Université Paris 8 et de l’Université Paris Ouest. L’idée, d’apparence simplissime, voire banale, est de soulever, pour la traiter collectivement, la question de la place et de la signification de l’homme dans nos diverses disciplines. Il nous semble que cette interrogation est en fait nouvelle dans la configuration intellectuelle présente, même si elle permet de revenir sur d’anciens débats.

De façon frappante, nos trois établissements réunissent en effet des disciplines qui se définissent par le fait qu’elles traitent de matières humaines (les “sciences humaines”), et des disciplines relevant de ce que l’on appelle traditionnellement “humanités” : elles semblent donc elles aussi comporter l’élément humain dans leur identité. La philosophie, de son côté, au moins selon une de ses traditions, s’est toujours interrogée sur le sens et l’essence de l’humain, en même temps que, sur le mode épistémologique, sur la connaissance possible de l’humain.

Pourtant, en même temps, cette indexation à l’homme paraît s’estomper assez vite et assez inexorablement dans la sorte de travail que l’on conduit ordinairement : soit que, en fait, on ne retienne de l’humain qu’un aspect que l’on a extrait (comportement mental, comportement linguistique) ; soit que l’on interroge l’homme uniquement au niveau d’une structure collective où il s’insère mais qui serait une réalité d’une autre espèce (sciences sociales) ; soit que, finalement, on s’intéresse plutôt aux œuvres, et aux mondes que ces œuvres campent (art, littérature). Dans le champ philosophique, des conceptions récentes ont revendiqué un décentrement, rompant avec la célébration implicite de l’exception humaine, critiquant les formes classiques de l’“humanisme”, voire en ont appelé de façon positive à la figure ou la catégorie de l’inhumain. En même temps, sont apparues, en connexion organique avec un courant contemporain de la philosophie, des recherches cognitives dont le rapport à l’humain est visiblement absolument nouveau, et dans le contexte desquelles il peut sembler, derechef, que la spécificité et le sens de l’humain soient mises de côté a priori.

D’où l’idée de conduire une réflexion, dans chaque discipline d’une part, sur le mode de la confrontation entre disciplines d’autre part, sur quelques questions simples : 1) Comment définissons-nous, de manière implicite ou explicite, l’homme ? 2) Quel traitement en proposons-nous, et avec quelle justification ? 3) Qu’est-ce que, plus précisément, notre travail emprunte à l’homme, qu’il s’agisse d’aspects de l’homme qui se trouvent privilégiés ou de présuppositions le concernant sur lesquelles on fait fond ?  4) Qu’est-ce que, symétriquement, notre travail apporte à l’homme, qu’il s’agisse d’un supplément de connaissance et de compréhension apporté par nos disciplines et approches, ou de perspectives pratiques (morales, politiques) ?

L’équipe de pilotage qui s’est réunie pour monter et organiser ce projet envisage d’ores et déjà les pistes suivantes, que nous répartissons entre quatre axes :

— L’axe épistémologique où seront discutés et médités les questions de méthode, en liaison avec un travail historique sur les étapes et les formes prises depuis l’époque moderne par le motif anthropologique.

—L’axe numérique, où seront pris en compte les transformations méthodologiques induites par l’utilisation des nouvelles technologies, ainsi que le contexte nouveau offert par la révolution numérique au processus d’humanisation (à la culture et à la construction individuelle notamment).

—L’axe idées et débats, où seront affrontés les enjeux donnant matière à polémique. On cherchera le plus possible à ouvrir le débat à tous les courants et les disciplines porteurs de points de vue susceptibles d’entrer en confrontation.

—L’axe approches empiriques, où seront conduites des enquêtes en vue de mettre en lumière directement ou indirectement telle ou telle dimension conjecturée caractéristique de l’humain.