Menaces existentielles et évaluation inter-groupes

Projet de Jean-François Verlhiac,

Psychologue, Professeur à l'Université Paris Ouest Nanterre, Laboratoire Parisien de Psychologie sociale

 

 

En psychologie, la modélisation des processus cognitifs et émotionnels a connu des progrès importants dans le cadre d’une approche basée sur un réductionnisme raisonné.  Les validations sont importantes et convergentes appuyées par une méthodologie expérimentale et différentielle, et sur l’identification des circuits impliqués du côté des neurosciences. La réussite est indéniable notamment en termes de prédiction, et d’application à de nombreux domaines d’intérêt (par exemple en santé).

Pour autant, ces modèles rendent-ils compte de  l’expérience subjective à la hauteur de la capacité réflexive humaine ? L’approche expérimentale existentielle (XXP pour Experimental Existential Psychology) se propose de mettre à l’épreuve empirique, notamment expérimentale, un ensemble de questions existentielles rencontrées par les humains. Cinq grandes questions existentielles ont été identifiées sous forme d’oppositions (vs.)

LA MORT : La conscience de l’inévitabilité de la mort vs. le désir de prolonger l’existence

L’ISOLEMENT SOCIAL : Le besoin de relation aux autres vs. expérience de rejet social ou la conscience que la réalité subjective ne peut être complétement partagée

L’IDENTITE : Un sens clair de qui l’on est et de son inscription dans le monde vs. les incertitudes associées aux conflits entre dimension du soi, aux limites floues en soi et non soi.

LA LIBERTE. Expérience du libre-arbitre vs. pressions externes sur le comportement ou inquiétudes sur sa responsabilité dans des choix complexes.

LA SIGNIFICATION. Désir de croire que la vie a du sens vs. événements ou expériences qui apparaissent aléatoires ou inconsistantes au regard de leur sens.

Le Laboratoire Parisien de Psychologie Sociale (LAPPS) a spécialement travaillé sur le Modèle du management de la terreur, inspiré des travaux de l'anthropologue E. Beck. Selon ce modèle, la saillance de sa propre mort a le potentiel d’exacerber une menace de nature existentielle. Selon la Théorie du Management de la Terreur l’individu met en place des dispositifs de protection (buffer) contre l’idée de mort par un renforcement de sa capacité de contrôle et de maîtrise de son environnement. Les individus ayant à l’esprit l’idée de leur propre mort tendent à renforcer leurs systèmes de valeurs et leurs conceptions du monde en opposition à d’autres conceptions du monde.

L’objectif du programme de recherche est de rapprocher ce point de vue d’autres observations relatives aux relations entre les groupes, et aux questions d’identité et de lien social.  Plus spécifiquement, deux types de situations susceptibles d’être associées à des menaces existentielles seront ont fait l’objet de recherche:

1) L’évocation de contextes socio-politiques tendus (e.g., conflit, menace terroriste, etc.), a des répercussions importantes sur la façon dont les individus valorisent les membres de leurs propre groupe (endogroupe) et dévalorisent les membres d’un exogroupe.

2) Le comportement contre-stéréotypé des membres d’un exogroupe constitue une forme de menace au système de croyances personnelles. Par exemple une attitude sera d’autant plus négative envers les membres d’un exogroupe quand ces derniers agiront ou feront des déclarations qui contredisent le stéréotype négatif que l’on peut avoir à leur encontre (e.g, discours de tolérance et position pacifiste, souhait d’intégration-assimilation, débats contradictoires,  etc.).

3) La tendance ambivalente d’éprouver à leur encontre une humanité commune, de l’empathie ou un sentiment de proximité (e.g., partage d’un sentiment, autobiographie commune etc.) envers les membres de l’exogroupe

Ces processus ne sont pas inéluctables. Par exemple des travaux récents suggèrent que les relations intergroupes sont améliorées lorsque l’on renforce le sentiment d’une humanité commune. Notre objectif est de mettre en articulation ces groupes de travaux. Il s’agira d’examiner les effets d’une exposition à diverses formes de  menace existentielle (variable indépendante) sur les attitudes relatives aux membres de l’endo et de l’exo-groupe.

Une série d’études expérimentales seront mises en place impliquant les variables suivantes :

Variables indépendantes :

Saillance de la mort vs. groupe de contrôle ;

Déclarations contre stéréotypées de membres de l’exogroupe vs. groupe contrôle ;

Sentiment d’humanité vs. groupe contrôle ;

Variables dépendantes :

Identification au groupe d’appartenance,

Attitudes envers des mesures de discrimination ou d’intégration politique

Attitudes envers des groupes sociaux

Infra-humanisation

Variables contrôlées : niveau de dogmatisme, orientation politique, adhésion à des politiques d’assimilation ou d’intégration, et variables socio-démographiques.