Frontières de l'humain

Projet d'Anne Lefebvre,

Philosophe, Maître-assistante associée à l'Université de Saint-Etienne, directrice de programme au CIPh

et de Gilles Barroux,

Philosophe, Professeur en classes préparatoires, directeur de programme au CIPh, Institut de recherches philosophiques

 

 

L’un des apports du CIPh serait de montrer que l’appréhension de l’humain par la philosophie ne relève pas d’un champ disciplinaire dans la mesure où la multiplicité des pratiques et des orientations philosophiques, suggère autant de représentations de l’humain. En résonance avec le motif de l’intersection à l’origine du CIPh, c’est par le prisme de la notion de frontière, qui a motivé les journées d’études autour de la célébration des trente ans de notre institution, que nous nous proposons d’appréhender cette question. Frontière, ou dirions-nous plutôt frontières : il convient de prendre au sérieux leur pluralité, telle qu’elle ouvre autant d’horizons à partir desquels interroger l’humain.

Loin de devoir seulement être considérées comme des entités déterminant l’homme en sa réalité corporelle, sociale, historique, etc., ces frontières nous semblent devoir être appréhendées en tant que problèmes. En effet, quels sont les enjeux qui se trouvent liés à la décision de déterminer des frontières, impliquant un dehors et un dedans, des logiques d’inclusion et d’exclusion ? Cela n’a-t-il pas toujours été un effet du concept même d’homme jusqu’à sa mise en cause radicale dans les années 1960 ? Les champs d’expériences concrets et actuels – éthique liée aux nouvelles pratiques médicales, développement des neurosciences, discours de l’enhancement (du physiologique au numérique), techniques du corps et cultures animales, réalité des logiques d’exclusion et nouvelles modalités du politique – nous obligent, en deçà de tout retour quelque essentialisme, à repenser l’humain, ses relations et ses différences. Cette exigence philosophique n’implique pas seulement de se pencher sur le dépassement ou l’abolition de ces frontières, mais encore, et surtout, de mener une interrogation critique sur les modalités et enjeux de leur déplacement, dans les discours comme dans les pratiques. 

Quatre axes, indissociables les uns des autres, permettront de développer notre projet. 1. La question de la normalité, de l’anormalité et de la normativité, en lien avec la reprise d’une histoire de la médecine et les enjeux suscités par l’émergence de nouvelles pratiques et de nouveaux savoirs (génétique, neurosciences, greffes, etc.). 2. La question des techniques contemporaines, des cultures et des croyances qu’elles produisent (animalité et humanité, place du corps, milieux vivants et sacralité). 3. La question du politique au sens large, depuis le discours de l’abolition des frontières et ses enjeux idéologiques (mondialisation, numérique, marché global), jusqu’aux multiples tensions que génèrent les logiques frontalières et la nécessité objective de redéfinir de nouveaux modes de lutte. 4. La question esthétique, rencontrant ces frontières en des expérimentations nouvelles (bioart, hybridations, etc.), ne déplace pas seulement les partages institués dans son champ, mais traverse ces trois premiers axes.

Notre groupe de travail au sein du CIPh accueille une douzaine de directeurs de programme exerçant tant en France qu’à l’étranger (GB, Chine). Parmi les différents projets qui pourront s’inscrire dans cette dynamique (séminaires, samedis du livre, ouvrages en préparation, numéro spécial de notre revue Rue Descartes), nous programmons un colloque de 2 jours « Quelles frontières de l’humain ? » reprenant les thématiques liées aux axes précédemment évoqués (en 2015, 2016, 2017).