Séminaires 2014-2015

Le vendredi 10 octobre : Présentation du projet par Albert Piette et Jean-Michel Salanskis

Quelques réflexions pour penser une anthropologie anthropo-focalisée, par Albert Piette

S'il est bien une discipline qui aurait pu éviter le contournement de l'homme, c'est l'anthropologie. Mais celle-ci n'existe qu'accompagnée de divers qualificatifs. Comment penser une anthropologie qui ne serait ni sociale, ni culturelle, ni biologique, qui serait aussi bien empirique que théorique ? La notion d'existence, dans cette perspective, ne pourrait-elle pas jouer un rôle important ?

Le paradoxe épistémologique de l’humain, par Jean-Michel Salanskis

L’intuition d’Albert Piette, fondatrice de notre projet, est que l’homme, tout en étant le thème central et le dénominateur commun trop évident de nos disciplines, y demeure paradoxalement en retrait, s’y trouvant à chaque fois évincé dans un second temps pour une raison fondamentale. Je voudrais présenter plusieurs manières de comprendre une telle structure, de la vérifier, de la justifier. Je tenterai pour cela de traverser différentes postures, scientifiques, épistémologiques, philosophiques, et de prendre en compte divers paradigmes (structuralistes, cognitifs, herméneutiques, etc.).

 

Le mardi 4 novembre : "L'humanisme : origines et difficultés" avec Emmanuel Faye et François Coppens

Nicolas de Cues et Charles de Bovelles : de la philosophie mentale à la philosophie de l’homme,
par Emmanuel Faye, Professeur à l'Université de Rouen

Nicolas de Cues a explicitement  élaboré ce qu’il a appelé une "philosophie mentale". Son œuvre, cependant, va-t-elle jusqu’à constituer une philosophie de l’homme ? Je proposerai une réponse nuancée à cette question, en examinant différents moments de ses écrits. Je montrerai ensuite que la première véritable philosophie de l’homme à la Renaissance va se constituer, plus encore que chez Pic de la Mirandole, dans l’œuvre de Charles de Bovelles. Or, comme le prouve en particulier un manuscrit que j’ai découvert et édité, Bovelles a puisé certains éléments décisifs de sa philosophie de l’homme dans le De coniecturis et le De mente du Cusain, ce qui vérifie  l’intuition de Cassirer développée dans Individu et cosmos. Ces analyses seront présentées de façon générale et non technique, de façon à nourrir une possible discussion sur les constituants d’une "philosophie humaniste" aux commencements de l'époque moderne. Je discuterai notamment à ce propos la notion de "seuil d'époque" élaborée par Hans Blumenberg dans la quatrième partie de la Légitimité des temps modernes.

L’humanisme ne suffit pas !,
par François Coppens, Chargé de cours à la Haute-Ecole Léonard de Vinci à Bruxelles

"L’humanisme ne suffit pas !" Cette exclamation de Leo Strauss, dans les années ’50, peut certes être lue comme le slogan d’une philosophie politique antihumaniste (dans sa référence à une nature) et antimoderne (dans sa mise en question du sujet autonome). Mais on peut aussi lui demander à quoi l’humanisme ne suffit pas - et y entendre dès lors le double appel à une philosophie politique qui ne réduit pas la vérité de l’homme à sa verita effetuale, et à une science qui ne réduit pas le réel à l’objectivité. Antihumanisme – ou exigence au contraire d’une plus grande attention à ce qu’est l’humain ?

Trois lectures suggérées :

- Leo Strauss, "Social Science and Humanism" (1956),  surtout les p. 7-8 (http://books.google.be/books?id=tPemdJ2ic2UC&pg=PA3&lpg=PA3&dq=leo+strauss+social+science+and+humanism&source=bl&ots=HOk7jIKrrm&sig=rWMnKp7CzbeFkX8xL-FoqgaXvJI&hl=en&sa=X&ei=6WJLUbqPO5i94APmoYG4CQ&redir_esc=y#v=onepage&q&f=false)

- Leo Strauss, Thoughts on Machiavelli (1958), les pages 78-79 et 296-7 (http://books.google.be/books?id=YAJN-8BCG-MC&printsec=frontcover&dq=thoughts+on+Machiavelli&hl=en&sa=X&ei=7RpGVJOHJMvnygP264CoCg&ved=0CCEQ6wEwAA#v=onepage&q&f=false)

- Fred Baumann, "Humanism and Transhumanism" in The New Atlantis, Fall 2010, 29, p. 68-84, surtout  les pages 68-69, 72-73 et 81-84. (http://www.thenewatlantis.com/docLib/20110328_TNA29Baumann.pdf)

 

Le mercredi 3 décembre : "Les humains, leurs sociétés, leurs représentations" par Jean-Paul Demoule

On retracera les grandes étapes de l’histoire officielle des humains, depuis les premières formes humaines considérées comme telles, il y a 7 millions d’années, en passant par la « sortie d’Afrique » des homo erectus et leurs évolutions locales (Neandertal en Europe), puis la sortie d’Afrique des homo sapiens et les croisements éventuels avec leurs prédécesseurs, puis la révolution néolithique et ses conséquences, puis l’émergence oscillatoire des premières sociétés complexes et hiérarchisées, celle des premières sociétés étatiques et urbaines, et ainsi de suite. On tâchera de montrer, au-delà de l’état présent des connaissances, quels modèles sous-tendent ces événements majeurs, tel celui de la Chute, celui de la relation diffusion / évolution, etc. Mais aussi, quelles représentations ces sociétés successives semblent s’être donné d’elles-mêmes.

 

 

Le vendredi 6 février 2015 : "Essentialisme psychologique et infra-humanisation: le rôle des conceptions naïves de la nature des groupes dans le jugement social" par Georges Schadron, Professeur à l'Université de Nice, avec la participation de Jean-François Verlhiac

Une part importante de l’impact des stéréotypes négatifs provient de la croyance implicite que les caractéristiques attribuées à un groupe sont causées par un facteur sous-jacent associé à celui-ci. Selon une conception récente de la notion de stéréotypes, ceux-ci sont sous-tendus par des théories naïves. Les catégories sociales, bien que construites sur des bases artefactuelles (Rothbart et Taylor, 1992) sont souvent néanmoins perçues comme des “catégories naturelles”. Considérer une catégorie comme “naturelle” implique que l’on croie à l’existence d’une “essence sous-jacente” à cette catégorie.

Une théorie comme celle d'une “essence” fournit à celui qui y croit une indication de la possibilité de juger plus facilement des membres du groupe stéréotypé. En effet, le fait de savoir pourquoi ces personnes sont un groupe donne à l'observateur l'impression de connaître quelque chose de leur nature. D'autre part, elle renseigne l'observateur sur le caractère d'entité de ce groupe, et le fait de percevoir celui-ci comme une entité entraîne la possibilité de juger ses membres dans leur ensemble. Un aspect particulier de telles conceptions concerne le caractère plus ou moins humain atribué à un groupe donné.

Cette présentation décrira des recherches de psychologie sociale expérimentale qui ont mis en évidence comment de telles théories se développent et quelles sont leurs conséquences dans le jugement social et particulièrement dans la discrimination et la justification du sort des groupes défavorisés..

Mots-clés: essentialisme, stéréotypes, discrimination

 

Le vendredi 5 mars 2015 : "L'humain en géographie"

- "De quel humain parlons-nous en géographie humaine ?" par Henri Desbois, maître de conférences en géographie à l'Université Paris Ouest

A partir de textes issus notamment du courant humaniste de la géographie, je propose de dégager la conception sous-jacente de l'humain dans la géographie contemporaine.

- "La géographie à la recherche de l'humain dans la littérature, un exemple : Saint-Exupéry", par Philippe Gervais-Lambony, professeur en géographie à l'Université Paris Ouest. 


 

Le mardi 12 mai 2015 : "Anthropologie et médecine"

- "La maladie mentale, la souffrance psychologique et le temps long de l’histoire", par Joël Coste, médecin et directeur d'études à l'EPHE

Il traitera la question de l’invariance et de l’historicité des phénomènes morbides, ou plus exactement de la manière dont les temps de la maladie et de la souffrance - ici la maladie mentale et la souffrance psychologique - croisent les temps de l’histoire et notamment le temps long, le « temps anthropologique »  s’il en est un. Cette communication sera accompagnée d'une vidéoprojection.

Le séminaire se déroulera de 18h30 à 20h20, salle PrM 1.02, au lycée Henri IV.

 

 

Le mercredi 10 juin 2015 : "L'humain vu par le Droit"présenté par Paul-Anthelme Adèle, Docteur en droit privé (CNRS - Univ. Paris I, UMR de droit comparé de Paris, UMR 8103).
- "L'humain et la dignité de la personne humaine", par Thomas Dumortier, Docteur en droit public (UPOND - Centre de Théorie et d’Analyse du droit/CREDOF, UMR 7074).
- "L'humain et le droit de la concurrence", par Lionel Zevounou, Maître de conférence en droit public (UPOND - Centre de Théorie et d’Analyse du droit, UMR 7074).

Le séminaire se déroulera de 17h à 20h, au Campus de l'Université Paris Ouest-Nanterre, Bâtiment F salle des Actes (F141).